À Paris, cinq chercheurs français se sont retirés d’un colloque prévu le 15 septembre au Musée d’art et d’histoire du judaïsme (MAHJ), en raison de la participation indirecte d’une doctorante israélienne. La jeune universitaire, invitée dans le cadre d’un programme de recherche de l’Université hébraïque de Jérusalem, voyait ses frais de déplacement pris en charge par cette institution. Une situation qui a suffi à déclencher une vague de désistements.
Le MAHJ, cité par Le Monde, précise que les raisons évoquées sont diverses. Certains universitaires ont craint que leur présence ne soit perçue comme un soutien implicite au gouvernement israélien. D’autres ont invoqué une motion interne de l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales), appelant à refuser tout partenariat institutionnel, sans pour autant adhérer à un boycott académique pur. Enfin, plusieurs chercheurs se sont désistés sans fournir d’explication.
Paul Salmona, directeur du musée, déplore un amalgame entre un colloque académique consacré à l’histoire juive à Paris et le conflit au Proche-Orient. Il rappelle que l’événement n’a aucun lien avec l’actualité en Israël ou à Gaza, et que le MAHJ avait jusqu’ici été épargné par les tensions entourant les institutions culturelles.
La controverse a débuté mi-juillet, avec le retrait d’un premier intervenant. Le mouvement s’est ensuite amplifié. Liliane Hilaire-Pérez, coorganisatrice de la rencontre, reconnaît que la mention d’un « soutien » de l’Université hébraïque dans les documents de communication a pu semer le trouble. Elle précise qu’il ne s’agissait en réalité que d’un simple billet d’avion payé par cette dernière.
Pour sa part, Evelyne Oliel-Grausz, également coorganisatrice, critique la position de certains collègues, qu’elle qualifie de « mauvaise foi ». Elle déplore le refus de considérer la complexité du paysage académique israélien, notamment les divisions internes.
Le colloque est néanmoins maintenu. Il accueillera trois chercheurs israéliens, dont la médiéviste Elisheva Baumgarten, figure intellectuelle ouvertement opposée au gouvernement de Benyamin Netanyahu. Elle souligne que l’université israélienne est l’un des rares espaces de résistance contre la guerre et les dérives autoritaires. Pour elle, boycotter des chercheurs critiques revient à affaiblir les contre-pouvoirs intellectuels dans un pays en crise.
Depuis le début de l’offensive israélienne sur Gaza en octobre 2023, le monde académique israélien se trouve sous pression. De nombreux chercheurs dénoncent les politiques de leur gouvernement, tout en faisant eux-mêmes l’objet d’appels au boycott.
Le 28 juillet dernier, plusieurs présidents d’universités en Israël ont publiquement condamné les discours radicaux appelant à la destruction de Gaza, et exprimé leur profonde inquiétude face à la situation humanitaire.
Selon les autorités sanitaires palestiniennes, plus de 64 700 personnes ont été tuées dans la bande de Gaza depuis le début du conflit. La majorité des victimes sont des femmes et des enfants. Des civils continuent d’être abattus, y compris dans des zones censées être dédiées à l’aide humanitaire.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a qualifié la situation de « catastrophe humanitaire inédite ». Il a alerté sur la malnutrition galopante et l’effondrement total du système humanitaire dans l’enclave.
En janvier 2024, la Cour internationale de Justice (CIJ) a ordonné à Israël de prévenir tout acte de génocide et de permettre l’accès immédiat à l’aide. La Cour pénale internationale (CPI) a confirmé en juillet des mandats d’arrêt contre le Premier ministre Benyamin Netanyahu et l’ex-ministre de la Défense Yoav Gallant, les accusant d’avoir utilisé la famine comme arme de guerre, en plus d’autres crimes contre l’humanité.



