La crise politique française a franchi un nouveau cap ce mardi. Tandis qu’Emmanuel Macron tente désespérément de sauver son quinquennat, Édouard Philippe appelle à une élection présidentielle anticipée, aggravant l’isolement du chef de l’État.
Déjà confronté à la démission expresse de Sébastien Lecornu, Premier ministre pendant 26 jours, le président se retrouve lâché par ses anciens alliés les plus fidèles.
Dans une déclaration qui fait l’effet d’un séisme politique, Édouard Philippe, Premier ministre entre 2017 et 2020, a appelé Emmanuel Macron à quitter le pouvoir avant la fin de son mandat. Il propose une élection présidentielle anticipée après l’adoption du budget 2026, estimant que « l’État ne tient plus ». « On ne va pas faire durer ce que nous vivons depuis six mois pendant encore 18 mois. C’est beaucoup trop long », a-t-il tranché.
Un signal fort envoyé depuis l’intérieur même de la majorité présidentielle, après la charge de Gabriel Attal la veille. L’ex-Premier ministre, proche de Macron jusqu’en 2024, disait déjà ne plus « comprendre » les décisions du président.
L’épisode Lecornu restera un cas d’école. Nommé lundi matin, démissionnaire dans l’après-midi, il détient désormais le record de brièveté à Matignon.
Et pourtant, c’est toujours à lui qu’Emmanuel Macron a confié une dernière tentative de sauvetage : il a jusqu’à mercredi pour tenter de forger une coalition et proposer une plateforme d’action et de stabilité.
C’est Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur démissionnaire, qui a mis le feu aux poudres en protestant contre la nomination de Bruno Le Maire au gouvernement. Mardi, il a tenté d’apaiser le jeu : Les Républicains pourraient participer à un gouvernement de cohabitation, mais seulement si le parti garde son autonomie.
Mais les tensions restent vives : Retailleau a boycotté la réunion du « socle commun » à Matignon, cette alliance bancale entre la macronie et la droite républicaine née de la dissolution de 2024.
Même en cas d’accord, Lecornu ne serait pas nécessairement reconduit, indique l’Élysée. En cas d’échec des tractations, Macron « prendra ses responsabilités », laissant planer la menace d’une nouvelle dissolution dans une Assemblée totalement morcelée : gauche, macronistes, et extrême droite.
Pendant ce temps, la gauche continue d’agiter la menace de censure. Un conseiller de l’exécutif juge la situation récupérable… à condition de « suspendre la réforme des retraites », exigence clé des socialistes.
Olivier Faure, patron du Parti socialiste, demande un changement de cap et l’arrivée d’un gouvernement de gauche. Même volonté chez Marine Tondelier, cheffe des Écologistes, qui a proposé une réunion intergauche mardi matin.
Mais l’unité reste un mirage : le PS a refusé de participer en présence de La France insoumise, maintenant la fracture avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.
Ce dernier maintient sa ligne dure : démission de Macron, motion de destitution, et une « solution claire, nette, franche et massive ». La recevabilité de la motion sera examinée mercredi par le Bureau de l’Assemblée.
Du côté du Rassemblement national, Marine Le Pen ne laisse aucune place au compromis. Pour elle, deux issues sont possibles : la dissolution « incontournable » ou la démission du président, qu’elle juge « sage ».
Son parti et ses alliés prévoient de censurer systématiquement tout gouvernement mis en place, jusqu’à obtenir l’un ou l’autre scénario.




