À quelques semaines d’un scrutin crucial, le président Paul Biya reste invisible. Un silence troublant, dans un pays habitué à la centralité de sa figure politique depuis plus de 40 ans. Aucun discours, aucun meeting, aucune sortie publique : juste quelques publications numériques au ton patriotique, relayées par la présidence. C’est tout.
Et cela interroge.
Alors que les autres candidats sillonnent le pays et multiplient les apparitions, le chef de l’État, 91 ans, semble avoir disparu de la scène électorale. Sa dernière apparition remonte à une audience avec le Nonce apostolique du Vatican. Depuis, le vide.
Dans un contexte électoral tendu, ce mutisme soulève deux questions centrales : Paul Biya compte-t-il réellement se représenter ? Et surtout, en a-t-il encore la capacité physique et politique ?
Certains partisans tentent de relativiser. Pour eux, le virage digital amorcé par la présidence incarne une forme de modernisation. Mais pour de nombreux observateurs, cette stratégie accentue plutôt la déconnexion du président avec le terrain, dans un pays où le contact direct avec la population reste un facteur de mobilisation clé.
L’écrivain et journaliste Jean-Bruno Tagne résume le malaise en une phrase lapidaire : « Les Camerounais se préparent à élire un président qu’ils ne voient pas, qui ne leur a rien promis et qui ne leur a rien demandé. »
Cette situation relance aussi les spéculations sur l’état de santé réel de Paul Biya, un sujet aussi tabou que politique. Dans une démocratie encore marquée par le culte de la discrétion autour des dirigeants, l’absence prolongée du président devient un sujet en soi. Elle alimente la crainte d’une campagne fantôme orchestrée depuis les coulisses du Palais d’Étoudi.
Pendant ce temps, l’opposition tente de tirer parti de ce vide, avec des campagnes de proximité, des promesses concrètes et une présence constante sur le terrain. Mais dans les faits, l’absence de Paul Biya ne l’efface pas du paysage : elle le rend encore plus central, presque mythique.
À l’approche du scrutin d’octobre 2025, le Cameroun entre ainsi dans une période d’incertitude inédite. La présidentielle, autrefois jouée d’avance, s’annonce plus indécise que jamais.




