Wadagni a choisi Abuja 8 jours après son investiture. Ce n’est pas un fruit du hasard ou du jet de dés. Le Nigéria est le premier partenaire commercial du Bénin et un acteur majeur de l’économie ouest-africaine. Dans un contexte CEDEAO fragilisé, tensions sécuritaires, inflation, dépréciation du naira, il pose les bases d’une diplomatie de proximité.
Avant d’aller chercher loin, il sécurise le voisin qui pèse 60% du PIB de la sous-région.
L’objectif affiché : faire du Nigéria “le grand marché du Bénin” pour soulager les bourses béninoises en souffrance depuis quelques années. C’est ce que nous pouvons lire à travers les lignes du communiqué de la présidence. Les échanges ont porté sur l’intégration économique et industrielle, l’énergie, les corridors de transport et le port de Cotonou.
Pourquoi cela pourrait-il soulager les béninois?
Le port de Cotonou, poumon de l’économie béninoise
Présenté comme « porte d’entrée essentielle pour les échanges avec le Nigéria et le transit vers l’hinterland ». Plus de fluidité, moins de coûts de transit, produits moins chers à Parakou, Natitingou, etc… Plus de profits pour les opérateurs économiques, facilité dans le paiement des impôts, croissance des ressources pour la réalisation des projets pour soulager les peuples, plus d’emploi pour occuper durablement la jeunesse.
Le marché nigérian comme débouché : les exportations béninoises vers le Nigéria ont fortement progressé en 2024. L’idée est de transformer cette dynamique en flux structurés, pas juste informels. Wadagni veut des opérateurs locaux et régionaux pour conquérir les marchés mondiaux via GDIZ, et le Nigéria est la 1ère étape. La présence de DANGOTE à son investiture aura été un signal pas des moindre pour répondre assez rapidement à l’appel de TINUBU.
La zone économique transfrontalière Kétou : Son programme prévoit l’opérationnalisation de la zone Bénin-Nigeria de Kétou avec pour objectif final de formaliser les échanges, baisser les tracasseries douanières et de lutter contre la fraude. Moins de taxes de route, plus de marges pour le commerçant et le consommateur.
Le contexte sous-régional difficile: 03 défis à relever
Wadagni n’hérite pas d’une page blanche. Les discussions doivent se poursuivre. Commerce informel et tracasseries frontalières: Les 809 km de frontière entre le Bénin et le Nigéria génèrent beaucoup d’échanges mais aussi des blocages. Si le Nigéria rouvre ou ferme ses frontières comme en 2019, l’économie béninoise tousse et devient très grippeux.
Sur le plan énergétique, le Bénin dépend du Nigéria pour l’électricité. La coopération énergétique a été au menu. Stabilité énergétique, stabilité des prix, surtout pour l’industrie de la GDIZ et Sèmè-Podji.
Sur le plan Sécuritaire et la CEDEAO, le Golfe de Guinée, intégration régionale, cohésion CEDEAO. Un espace ouest-africain instable, rupture de routes (Niger, Burkina, Mali) a engendré des inflations importées.
Economie : Pari gagant mais risqué
Le pari ici est l’utilisation ou usage de la dépendance mutuelle. Le Nigéria a besoin du port de Cotonou pour désengorger Lagos. Le Bénin a besoin du marché de 220 millions de consommateurs nigérians. Wadagni joue la carte “gagnant-gagnant” pour désenclaver le pouvoir d’achat béninois via plus d’exportations, produits nigérians moins chers et plus disponibles.
La relation privilégiée portant trop sur la personnalité de Tinubu du fait de ce que le Bénin lui aura été une terre d’accueil à un certain moment de sa vie politique, constitue ainsi un risque. Si Abuja change sa politique douanière ou monétaire, Cotonou subit. D’où l’importance d’un accord de partenariat économique renforcé déjà engagé en août 2025.
En résumé, cette première sortie est vue comme le premier citoyen des Béninois disant à ses frères votre pouvoir d’achat passe par Abuja. Il mise sur l’intégration réelle, pas les discours. Si les discussions sur la facilitation des échanges, énergie et zone Kétou aboutissent, l’effet sur les prix de l’alimentation, du ciment, des intrants pourrait être d’une célérité jamais connue.




