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Gaza : plus de 300 journalistes tués depuis 2023, le projet “Databases for Palestine” dénonce une stratégie d’élimination ciblée.

Depuis le début de l’offensive israélienne à Gaza, le 7 octobre 2023, au moins 311 journalistes et professionnels des médias ont perdu la vie, dont 154 dans leur propre maison, selon le projet indépendant “Databases for Palestine”.

Dans son rapport publié cette semaine, le collectif d’archivistes bénévoles avance que la majorité de ces morts sont survenues lors de frappes aériennes nocturnes, souvent accompagnées de la disparition de plusieurs membres des familles des journalistes. Ces données laissent penser, selon eux, à une stratégie délibérée visant à faire taire les témoins directs des bombardements israéliens. “La fréquence et la rapidité avec lesquelles Israël tue les journalistes palestiniens davantage que dans toute autre guerre documentée révèlent une intention claire”, souligne le collectif sur son site internet.

Le projet, baptisé “Stop Murdering Journalists”, recense méticuleusement les victimes en indiquant leur nom, la date, le lieu et les circonstances de leur mort. Pour chaque journaliste tué chez lui, les chercheurs dénombrent en moyenne cinq autres victimes civiles, soit plus de 750 proches tués dans les mêmes attaques.

Ces chiffres recoupent ceux d’organisations telles que le Palestinian Journalists Syndicate, l’International Federation of Journalists ou encore le Shireen Observatory, qui dénoncent toutes une politique d’élimination systématique des voix indépendantes à Gaza.

Plusieurs rapports évoquent également l’usage de technologies militaires assistées par intelligence artificielle notamment les programmes Lavender, The Gospel et Where’s Daddy pour identifier et suivre les cibles en temps réel, y compris à leur domicile.
Selon un ancien agent du renseignement israélien interrogé par le média +972 Magazine, “il est plus simple de bombarder une maison. Le système est conçu pour les traquer jusque dans leur foyer.”

Ces pratiques s’inscrivent dans une guerre où les journalistes deviennent des symboles à abattre. Leur proximité avec la population et leur rôle dans la documentation du conflit les exposent particulièrement. Le Premier ministre Benyamin Netanyahu les qualifie régulièrement d’“affiliés au Hamas”, une rhétorique reprise, parfois sans distance critique, par certaines institutions occidentales, dont le Committee to Protect Journalists (CPJ).

Pour les fondateurs de Databases for Palestine, ce travail dépasse le simple recensement : il s’agit d’un mémorial vivant. “Sans mémoire, il ne peut y avoir de justice”, déclare ZO, le créateur du projet.

Malgré la récente annonce d’un cessez-le-feu impulsé par le président américain Donald Trump, les violations persistent, avec de nouvelles frappes signalées ces dernières semaines.
Selon les autorités sanitaires locales, plus de 67 000 Palestiniens ont été tués depuis octobre 2023, dont au moins 20 000 enfants.

Sur le plan judiciaire, la Cour pénale internationale a émis des mandats d’arrêt contre Benyamin Netanyahu et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, tandis que la Cour internationale de Justice poursuit son enquête sur de possibles actes de génocide commis à Gaza.

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