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Sénégali: À Saly, experts et éleveurs veulent transformer le lait africain en moteur de souveraineté alimentaire.

À Saly Portudal, le lait local est au cœur de toutes les discussions. Entre dégustations de fromages artisanaux, innovations technologiques et débats stratégiques, la 5e édition des Rencontres internationales « Lait, vecteur de développement » met en lumière un paradoxe qui interpelle toute l’Afrique de l’Ouest : une région capable de produire des milliards de litres de lait, mais encore largement dépendante des importations de poudre de lait.

Sous les grandes tentes dressées près de l’Atlantique, chercheurs, éleveurs, industriels et responsables publics venus de plusieurs pays échangent autour d’un même objectif : renforcer les filières laitières africaines et mieux valoriser la production locale.

Dans les allées du salon, les visiteurs découvrent une diversité de produits qui témoigne du potentiel encore sous exploité du secteur. Fromages affinés, yaourts artisanaux, lait de chamelle venu du Niger ou encore « Touwa », une graisse nutritive issue de la bosse du chameau, illustrent la richesse des savoir-faire locaux.

Plus loin, des mini laiteries présentent leurs solutions de transformation entre techniques traditionnelles et outils modernes. L’une des innovations qui attire particulièrement l’attention reste « Milk Link », un système de refroidissement passif conçu pour conserver le lait dès la traite dans les zones éloignées des centres de collecte.

Ces rencontres sont organisées conjointement par l’Institut sénégalais de recherches agricoles, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement et l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

Cette année, les échanges portent notamment sur les défis climatiques, la transformation des produits laitiers, les marchés régionaux et la sécurité alimentaire. Mais un constat revient avec insistance dans presque toutes les discussions : l’Afrique de l’Ouest produit du lait, mais ne parvient pas encore à structurer efficacement sa collecte et sa transformation.

Selon les données présentées lors des travaux, la région produit environ cinq milliards de litres de lait par an. Pourtant, moins de 2 % de cette production est transformée localement par les laiteries, faute d’infrastructures adaptées et de systèmes de collecte performants.

Dans le même temps, l’Afrique de l’Ouest continue d’importer l’équivalent de sept milliards de litres de lait pour répondre à une demande urbaine en forte croissance.

Pour le Dr Ibra Abdou Touré, directeur régional du Cirad, cette situation révèle un immense potentiel encore insuffisamment exploité. Selon lui, le lait local dépasse largement le simple cadre alimentaire.

« Derrière chaque litre de lait local valorisé, il y a des familles, des femmes transformatrices, des jeunes entrepreneurs et des emplois créés », souligne-t-il.

Face aux crises climatiques, économiques et géopolitiques qui fragilisent les systèmes alimentaires, plusieurs experts estiment que le développement des filières laitières locales devient une question stratégique pour la souveraineté alimentaire du continent.

Le professeur Abdoulaye Dieng, représentant du ministre sénégalais de l’Agriculture, rappelle d’ailleurs que le Sénégal dépend encore fortement des importations de poudre de lait. Selon lui, la production locale couvrirait seulement 38 % des besoins nationaux.

Pour inverser cette tendance, la stratégie sénégalaise de souveraineté alimentaire 2025 2034 prévoit notamment la création de 500 fermes laitières, le développement de 1 000 mini laiteries et le renforcement des cultures fourragères.

« Le lait local n’est pas un produit du passé. C’est un produit d’avenir », insiste le professeur Dieng, appelant à une meilleure collaboration entre chercheurs, producteurs, industriels et pouvoirs publics.

À Saly, une conviction semble désormais partagée : l’avenir des filières laitières africaines dépendra autant des innovations technologiques que de la capacité des États à soutenir durablement les producteurs locaux et à mieux organiser les marchés régionaux.

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